Dimanche 17 juin, malgré les éternelles réticences de mon âme à célébrer ce qui est devenu un moyen aisé pour nos chères économies de marché de se faire une petite santé, une sensation étrange m'habite aujourd'hui, en cette fête des pères.
Au diable l'évidente sodomie farouche que la consommation de masse de tout ce système urbain nous assène violemment d'un simple coup d'oeil de lecture optique aux accents de code barre. Ne nous fait-on point miroboler le symbole royal de la famille dans tout son aspect patriarchal, et peser le poids de la sacro-sainte culpabilité, de laquelle nous sommes si friands?
Certes, pourtant aujourd'hui, je m'en branle.
Et je savoure. C'est bon d'être papa! C'est pas facile, mais ça propulse, ça catapulte, ça télétransporte! La connexion télépahtiquement naturelle qui s'installe avec un petit être pur tend à laver nos âmes grisâtres en apportant un peu de blancheur écarlate. Si tant de beauté et d'innocence existent en cette merveille dont je suis le père, alors ne dois-je pas me féliciter et me passionner pour cette oeuvre magique dont je peux faire partie? Ainsi des vents nouveaux soufflent au plus profond de moi, et parmi eux la patience et le don de soi commencent à prendre leur envol. Et cet air frais vivifie.
En tant que nouvel arrivant dans la famille de la paternité, je ne peux que remercier mon point de référence, celui qui pour moi est l'exacte définition et réalité patriarchale, mon propre père Celui à travers duquel je commence à comprendre certaines notions abstraites qui jusqu'alors m'échappaient. Et celui auquel je commence à m'ouvrir.
Que dire de ces quelques jours où venus du bout du monde, mes parents ont accueilli leur petit-fils avec allégresse? Pronfondément ému et bouleversé, j'ai accepté avec joie et amour le relai de génération que depuis longtemps ils s'efforcent de me léguer. Aujourd'hui, je commence à comprendre. Je commence à comprendre à quel point je les aime.
Et pour clore ce chapitre familial, je citerai les vers de Harry Chapin, un vieux routier de la folk américaine:
My child arrived just the other day
He came to the world in the usual way
But there were planes to catch and bills to pay
He learned to walk while I was away
And he was talkin' before I knew it, and as he grew
He'd say "I'm gonna be like you dad
You know I'm gonna be like you"
And the cat's in the cradle and the silver spoon
Little boy blue and the man on the moon
When you comin' home dad?
I don't know when, but we'll get together then son
You know we'll have a good time then
My son turned ten just the other day
He said, "Thanks for the ball, Dad, come on let's play
Can you teach me to throw", I said "Not today
I got a lot to do", he said, "That's ok"
And he walked away and he smiled and he said
"I'm gonna be like him, yeah
You know I'm gonna be like him"
Well, he came home from college just the other day
So much like a man I just had to say
"Son, I'm proud of you, can you sit for a while?"
He shook his head and said with a smile
"What I'd really like, Dad, is to borrow the car keys
See you later, can I have them please?"
I've long since retired, my son's moved away
I called him up just the other day
I said, "I'd like to see you if you don't mind"
He said, "I'd love to, Dad, if I can find the time
You see my new job's a hassle and the kids have the flu
But it's been sure nice talking to you, Dad
It's been sure nice talking to you"
And as I hung up the phone it occurred to me
He'd grown up just like me
My boy was just like me