Le stress, ou cette chose en moi pleine de palpitations et d'oscillations de ma pensée, m'envahissait l'esprit et ne me laissait plus respirer. La majeure partie de mon esprit se focalisait sur cet objet de mes pensées, et en faisait un objectif primordial, immédiat et obligatoire. Tant d'énergie dépensée...
La loi de l'univers est le mouvement. La vie humaine n'y échappe pas. Le rythme universel est formé par deux mouvements qui s'alternent: l'activité (dilatation et contraction) et le repos.
En étudiant ces deux phases, on s'apperçoit que l'activité que l'on effectue au quotidien est bien souvent réalisée en sur-régime. Sans conscience, violamment, en forçant. Sans regarder, sans écouter ce qui se passe autour de nous.
Le repos signifie suspendre l'activité totalement. Il est composé de 3 éléments :
- repos partiel : on substitue un type d'activité par un autre. Par exemple remplacer une activité mentale par une activité émotionnelle ou physique.
- repos intermédiaire : sommeil profond
- repos général : relaxation consciente à un niveau corporel, mental et émotionnel (il existe des techniques dédiées à ce concept).
D'une manière généralet, le repos est effectué sous forme d'activité expansive, extroversion, divagation mentale, ou sommeil. Mais hélas aucune de ces dernières ne produit un repos total, de telle sorte qu'il subsiste perpétuellement une vague sensation d'insatisfaction pour ne pas accomplir totalement la seconde partie du rythme universel : le repos.
Tension et stress :
Si l'esprit est tendu, l'estomac le sera également, donc le système circulatoire se tendra lui même, et se crée ainsi un cercle vicieux qui abîme la santé, la qualité de vie, la clarté de la perception, et la possibilité d'accéder à des niveaux de conscience plus élevés.
Une tension peut être de différentes formes:
- musculaire : relation avec le corps, le système nerveux et les déséquilibres endocriniens (qui produisent les hormones).
- émotionnelle : provient des dualités amour/haine, succès/échec, bonheur/malheur... Ces tensions sont difficiles à évacuer, car difficiles à repérer. En effet, nous réprimons beaucoup d'émotions, de tensions, qui chaque fois sédimentent plus profondément dans notre inconscient.
- mentale : résultat d'une activité mentale excessive. Notre esprit est un tourbillon de fantaisies, de confusions et d'oscillations. Chacune de nos expérience est enregistrée par notre conscience et s'accumule en nous, dans notre esprit : le corps mental.
Parfois, lorsque nous sommes furieux, tristes, ou irrités, nous attribuons une cause superficielle à notre état, alors que bien souvent la raison réelle se situe au niveau des trop nombreuses strates de sédiments qui constituent notre corps mental.
Selon la philosophie du yoga, l'être humain est une entité spirituelle composée de différentes enveloppes. Le corps le plus basique correspond au corps physique (annamayakosha), celui que l'on voit, qui est constitué de chair et d'os. Le corps le plus subtil est invisible, externe, et est constitué d'énergie vitale ou prana (pranamaya kosha). Quand on parle d'aura, on évoque ce dernier.
Lorsqu'il se produit une accumulation d'energie ou de prana, qui ne trouve pas de voie de sortie, celle-ci reste coincée entre deux corps, comme un parasite. Ainsi apparait la tension.
Le stress :
Le stress est la réaction physiologique et psychologique d'une personne face à un stimulus qui provoque conflit, confusion, peur, incertitude ou tension émotionnelle.
"La réaction de lutte ou de fuite"
Nos ancêtres homosapiens cromagnon et néandertal constituent la naissance de la conscience humaine et la base du développement du processus évolutif qui créera des millénaires plus tard nos petits cerveaux et nos consciences personnelles.
Ces hommes primitifs évoluaient alors dans un environnement hostile. Il n'y avait pas d'aliments facilement disponibles, et il leur fallait chaque fois partir en quête... souffrant du froid, de la faim, et des menaces d'autres prédateurs. Confrontés à ces situations, ils n'avaient que deux alternatives : lutter ou fuir.
Lors de la réponse de lutte ou de fuite se produit une réaction psycho-physiologique immédiate : augmentation de l'activité sympathique de l'hypotalamus et du sytème endocrinien, préparant le corps à une action de protection vis à vis du danger imminent.
L'hypotalamus et le système endocrinien produisent notamment l'adrénaline, la noradrénaline, et le cortisol (libérateur d'énergie, notamment de la force musculaire), qui accélèrent le rythme cardiaque, augmentent la force des contractions du cœur et la capacité de coagulation du sang, et entrainent une hausse de la pression artérielle. L'objectif commun de ces hormones est d'aider à mobiliser de l'énergie en libérant des acides gras des dépots de graisse et de glyocgène du foie.
En conséquence, de multiples actions se produisent également dans le corps entier : on peut notamment citer vasocontriction de l'estomac et des intestins et vasodilatation des muscles squelettiques (le tout engendrant bien évidemment une libération d'hormones qui agit sur le système immunologique et a un effet antiinflammatoire).
Deux grands types de stress :
- stress physique : par faute de froid, chaleur, blessure, douleur, déficience au niveau de la nutrition, manque de sommeil, fumer excessivement, abus de drogues et d'alcool, injections, manque d'exercices ...
- stress psychologique : lorsqu'on attribue une caractéristique négative à la situation. On perçoit cette situation comme une menace, et cela engendre une réaction d'incertitude.
Lorsqu'une personne se sent en carence de réponses adéquates pour gérer une situation, surgit cette catégorie de stress. Lorsqu'une situation se passe pour la première fois... , lorsqu'on ne comprend pas ou que la situation apparait incertaine..., apparaît ce stress. Comme si notre système de contrôle de la situation (la pensée?) n'acceptait pas l'inconnu et se laissait asphyxier...
Les études scientifiques ont montré qu'à l'égal de ses ancêtres, l'homme d'aujourd'hui subit également cette réaction involontaire de lutte ou de fuite. La réaction neuro-endoncrine et ses effets est la même.
Cependant, le stimulus qui génère la tension est différent. Nos stimulus modernes sont beaucoup plus complexes. Auparavant, il s'agissait d'une objet réel, palpable directement : par exemple un mammouth, ou une meute de tigres à dents de scie...
Aujourd'hui, le stress peut se déclencher à partir d'une discussion, à cause de laquelle se produit une expérience indirecte de la situation stressante. En effet, la situation stressante laisse une représentation mentale qui "hante" l'esprit en apparaissant et disparaissant à son gré. La mémoire, les souvenirs, la pensée... "j'aurais du dire ça", "mais j'ai dit ça...", les émotions associées à la situation, et qui restent conditionnées à l'image. Comme conséquence du fait de se remémorer la situation, on re-expérimente l'émotion désagréable, et l'organisme subit les réactions du stress constamment.
Le corps n'a pas le temps de revenir au niveau de repos. La personne est active constamment, même quand elle est éloignée en temps et en espace de la situation stressante. Les soldats qui ont connu la guerre en sont un exemple frappant. Il suffit de voir ce qu'a laissé le Vietnam à Walter : "I'm talking about drawing a line in the sand, dude. Am I wrong!? "
"S'exprimer dans l'action"
Une différence majeure entre cromagnon-neandertal et nous-mêmes est que ces premiers déchargeaient leur tension et libéraient l'énergie accumulée par les dangers : cris, hurlements, luttes, courses... ensuite, après avoir tué la bête, ils trouvaient refuge et leur organisme pouvait revenir à un état normal. L'homme actuel, évoluant dans une société socialement moins libre et tolérante qu'au néolithique, se libère rarement des tensions qu'il accumule.
Que se passe t-il donc avec toute cette stimulation nerveuse, sanguine, endocrine, respiratoire, musculaire, cérébrale et mentale, avec laquelle le corps s'était préparé pour une action qui n'eut jamais lieu? Rien. Toute cette activation se conserve dans le corps sous forme de tension.
Lutte ou fuite?
Lorsque le stress est maintenu pendant un certain temps et qu'il est intense, les réserves d'énergie s'épuisent et il devient extrêmement difficile de les recharger. C'est alors qu'apparait la fatigue.
- niveau physiologique : lorsque le stress est maintenu, la personne présente des réactions à niveau biologique : froid aux mains et aux pieds, peau huileuse, transpiration des mains et des pieds, gaz, diarrées, contracture d'estomac, acidité stomacale, palpitations, rougeurs au visage, sensation de chaleur, tremblement de mains, respiration haletante, altération du sommeil, augmentation de la pression artérielle, réactions à niveau cardiaque et cellulaire...
- niveau psychologique : lorsque l'on subit une situation stressante un certain temps et que les réactions sont intenses, il se produit anxieté, peur, inquiétude, irritabilité. Si la personne ne parvient à trouver de recours lui permettant de sentir qu'elle peut éviter le danger ou la situation menaçante, se produit un sentiment d'agression. L'agression dérive de la situation interne chaotique qui surgit par le stress se libérant violemment vers l'extérieur.
Les causes du stress :
Une situation stressante apparaît lorsqu'un déséquilibre survient entre les exigences imposées à l'organisme ou la personne par le milieu, et la capacité de la personne à gérer et répondre à ces exigences.
Le stress peut surgir d'une surcharge ou, à l'inverse, d'un manque :
- Excés d'effort physique : travailler avec le corps implique à un moment le besoin pour le corps de repos. Si malgré la demande du corps, le travail continue, un sur-effort se crée et produit de la tension.
- Excés d'effort mental : activité intelectuelle ou attention mentale prolongée ou intense, surcharge soutenue de préoccupations...
- Excés d'effort émotionnel : lorsque l'on expérimente des situations émotionnelles négatives de forme soutenue, surtout lors des relations avec la famille, le couple et les amis.
- Inhibition physique : lorsque l'on veut réaliser quelquechose et que l'on ne peut pas, cela génère tension
- Inhibition mentale : lorsque l'on sent le besoin d'exprimer ses capacités intelectuelles ou artistiques sans le pouvoir
- Inhibition émotionnelle : lorsque l'on désire démontrer son affection et que l'on ne peut pas
- Pulsions réprimées : tendances, désirs ou souhaits qui ne se réalisent pas, que l'on n'exprime pas et que l'on réprime
Cause externe : lorsque nous sommes face à une situation et nous la percevons menaçante : un voleur nous attaque, l'auto devant nous freine brusquement ...on réagit face à une situation présente.
Cause interne : il s'agit de quelque chose que nous pensons ou imaginons comme une menace, et qui n'est pas présente. Ce sont les pensées négatives, qui parfois sont inconscientes.
De même, se rappeler une situation de conflit constitue une cause de stress.
Enfin, les contradictions internes : lorsqu'une partie de nous désire quelque chose et qu'une autre s'y oppose (par exemple, je veux changer de travail car ce dernier me fait horriblement chier, pourtant j'y stagne avec mon lot de peurs et d'incertitudes... du déjà vu?). Ce point met en lumière le rôle de la pensée (le garde-fou), de l'égo et du désir. A vouloir quelque chose, en projetant un désir ou un objectif, on crée implicitement une division et une source de conflit et de stress. Si l'on regarde la façon dont fonctionne la société des hommes aujourd'hui, ce dernier point peut faire peur, mais surtout nous éclairer sur les êtres "éclatés", divisés, et non-centrés que nous sommes.
La vie moderne - et urbaine - et le stress :
Les conditions hautement stressantes de la vie moderne font que le mécanisme de stress agit en nous de façon permanente. La vie devient parfois si complexe, aliénante et confuse, que de nombreuses personnes ne parviennent ni à freiner, ni à ralentir pour trouver un havre de repos, ou un instant de relachement - et ce, même lorsqu'ils en ont l'opportunité.
Les besoins humains physiologiques, de sécurité, d'appartenance, d'estimation et auto-réalisation génèrent préocupations, tensions, frustrations et conflits. L'avons-nous observé au quotidien? Tensions, frustrations et conflits génèrent effondrement mental et maladie physique. Le sentons-nous au quotidien?
Hier, la médecine a mis fin aux grandes plegues du passé, trouvant des remèdes aux nombreux maux des humains.
Mais aujourd'hui, l'homme fait face à une épidémie plus sournoise, vicieuse et profonde. Les problèmes liés au stress sont causés par notre incapacité à nous adapter au rythme et aux demandes toujours plus grandes que nous impose la vie moderne.
D'ailleurs, il est intéressant de réfléchir à la raison de ce rythme toujours plus en spirale auquel nous sommes soumis.
Sur quoi repose la société, qui fait que nous sentons le besoin de travailler plus, ou d'étudier plus, d'être meilleur que notre compagnon (pardon, concurrent) de droite? Quelle est cette force qui nous rend aveugles, qui nous fait devenir des machines, des robots, qui nous alienie les uns des autres? Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui nous courrons sans cesse derrière des idéaux qui n'existent pas? Qu'est-ce qui a fait de l'argent une fin en soi?