Malgré l'air sec et froid, et le vent aiguisant chaque centimetre du visage, de grosses gouttes chaudes commençaient à innonder la partie inférieure de mon dos. Le corps, transformé en une machine rugissante, travaillait à plein régime. Chaque pas pesait sur l'organisme et celui-ci devait puiser dans les réserves énergétiques pour continuer à avancer. Les poumons se remplissaient et se vidaient à un rythme beaucoup trop élevé... La recherche de l'air devenait un objectif vital à chaque enjambée. L'oxygène goulûement avalé fusait dans les veines jusqu'aux muscles, qui déjà montraient des signes de dépit. Le coeur, véritable moteur de toute cette entreprise, résistait de toute sa vaillance, et distribuait dans les veines et artères le saint graal aérien.
"Là, juste après cette petite combe... encore cent mètres!"
Et cela repartait pour un nouvel effort, pour une nouvelle étape. L'altitude rendait la respiration difficile, et le rythme du coeur élevé. Chaque effort devait être au mieux canalisé afin d'éviter une hausse de la demande de la précieuse molécule. La neige, fraiche et profonde, ensevelissait chaque enjambée comme pour mieux signaler au monde que son territoire devait rester vierge.
Car c'est bien la virginité de cet espace et l'immense pureté de cette neige qui motivait une telle débauche d'énergie. A 3500 mètres, au coeur d'un massif de montagnes éclatant, et sous une luminosité azur d'un soleil radiant, les conditions ruisselaient d'une perfection cristale...
Quand enfin j'atteignis la cime, l'objectif fixé, et surtout le point de départ de ce qui allait suivre, je me régalai de la douceur d'une pause, d'un instant de plus à ressentir la paix d'un paysage époustouflant. Retrouver son souffle, profiter du réequilibre du rythme cardiaque et respiratoire, et savourer la fin de l'effort avec délectation.
Après la montée, il y a la descente. Un simple regard sur la pente en contrebas venait glisser au creux de ton oreille "liberté..."
Et comme par désir de vivre l'instant plutôt que le rêver, le moment d'après tu te jetais de toute ton âme dans les flots de la descente. L'immense champ de poudre, l'immense chant de la poudreuse, t'envahissait d'un air dont tu créais toi même la mélodie. La verticalité de la pente rendait l'union encore plus sensuelle. La poudreuse jouissait en crissant sous les caresses de ta danse... Le flot cinétique qui te propulsait de droite vers gauche puis de gauche vers droite se cristalisait en une vague charnelle. Les cuisses, véritables pistons amortisseurs de toute cette dynamique, hurlaient de brûlure, mais la douleur rendait la danse encore plus tribale, et l'effort encore plus poétique. Une fois pris dans le courant, impossible de ne pas s'y fondre totalement.
une fois l'instant divin consommé, il ne me resta plus qu'à me consoler d'un regard en arrière, vers ce qui venait de se dérouler... telle une frise de magie, les traces de mes skis laissaient une empreinte d'éternité sur la blancheur écarlate du versant de la montagne. Un peu à titre posthume, ces courbes savoureuses dessinaient une onde parfaite, comme pour mieux signifier anonymement au monde entier qu'à un certain instant, je fus là.
(dédié à mon frère Eric, et à Benj, magiciens de la poudre, et riders chevronnés, fidèles partisans de notre devise sacrée "le saut est primaire, l'atérissage secondaire")
Scraptophile
funk is all around - babaka baka REMIX
TAO : naître et renaître
martes, 31 de julio de 2007
miércoles, 11 de julio de 2007
Saludo al Sol
Intense expérience que celle de ce matin. L'académie de yoga dans laquelle je réalise mon cours d'instructeur dédiait une séance particulière au soleil. Entre 10h30 et 14h, la salle de yoga accueillait les practiciens afin que ceux-ci réalisent 108 Saludos al Sol.
Surya Namaskar, le Saludo al Sol, est une séquence de postures très ancienne dans l'histoire du Yoga, et son objectif primaire est de chauffer et dynamiser le corps tout en l'alignant sur la respiration. Dans de nombreux types de yoga, c'est par cette combinaison que l'on commence la pratique.
Le Surya Namaskar présente différentes interprétations quant aux postures qui sont associées. Mais la totalité de ces versions se rejoignent sur l'importance du travail de la colonne vertébrale. Parmi les 12 postures (le nombre peut varier) qui le composent, le Saludo al Sol est un enchainement de postures d'extension et de flexion de la colonne, agissant également sur d'autres parties du corps telles les jambes, la paroi abdominale et les bras. En outre, la plupart de ces postures sont physiologiques puisqu'elles réalisent un travail de compression des organes internes et de stimulation de diverses glandes.
Ainsi, Surya Namaskar est une séquence dynamique dont chaque mouvement doit être réalisé selon le flux de respiration, véritable source d'énergie vitale et point d'attention central de toute la pratique du yoga. Il est possible de varier le rythme respiratoire afin de dynamiser la séquence et tonifier la pratique. J'en ai quasiment une errection.
Ainsi, imaginez l'énergie de la salle de yoga quand chaque practicien développe son Surya Namaskar à son rythme, au milieu des autres. Nous étions une soixantaine, et chacun, ou presque, réalisait ce même enchainement 108 fois...
Une telle pratique m'a pris environ 1h45. Et ce travail est une expérience intense sur soi. L'esprit et la pensée en effet interviennent et polluent la réalisation des exercices : "ok, j'en suis à 8, il m'en reste 100, surtout bien garder le contrôle de la respiration..." ; "17, et tiens je commence à sentir une légère douleur au niveau des lombaires..." ; "23... oh ça n'avance pas! Vais-je y arriver?" ; "32, est-ce que les autres y arrivent? ... ". Bref, tout un flot continu de pensées qui empêchent le déroulement fluide de la séquence. Alors, la force de cet enchainement de 108 séquences est qu'il te permet d'observer tout ça, de noter l'agitation de la pensée. Et que c'est difficile de réaliser un travail lorsque ton esprit te sépare de tes actes! C'est comme être déconcentré en lisant un livre, en jouant aux échecs ou en jouant de la musique. Cela divise.
Alors le seul allié utile qui me sauva fut la respiration. Un des objectifs de la respiration en yoga est d'intégrer corps et esprit, d'unir les deux. Et effectivement, en se concentrant sur la pronfondeur, la douceur, et le rythme de la respiration, peu à peu l'esprit se calme, et chaque posture devient plus facile, plus fluide, et le corps plus dynamique. L'unité se crée, et c'est celle là même qui me permit de réaliser - non sans mal - les 108 saluts au soleil.
lunes, 9 de julio de 2007
Promenade botanique
Santiago est une ville mutlifacettes. Six mois ne suffisent pas à tout savoir d'elle. Bien loin. D'où l'incommensurable énergie de la découverte chaque fois qu'une destination nouvelle s'offre à moi. L'autre jour, je suis ainsi parti dans une "comuna" (l'équivalent de nos arrondissements) pour la première fois, Peñaloen. Celle ci est éloignée, et comme il était tard, je me suis forcé à délaisser mon fidèle scooter et à prendre les transports en commun, véritable nid de poule de la transportation urbaine. Ce fut magique, et de façon tout à fait inopinée je me suis retrouvé en voyage.
Voyage à travers le chili beaucoup plus défavorisé que ce que le quartier d'affaires, et le centre ville prétendent. Dans cette ville de 7 millions d'âmes, il y en a un grand nombre qui vit à la dure. Des artères guindées de magasins de luxe et de boutiques de téléphonie mobile, on se retrouve bien rapidement en plein bidonville, et la phisiologie même du chilien change. Finis les brushings-couleurs parés de maquillage, ou les complets-vestons à la mode, finis les 4-4 derniers modèles, terminés les visages apurés aux masques de crèmes matinales ou aux cosmétiques artificiellement salvateurs. Là bas, c'est la loi de la ride, l'empire du cheveux sale, des habits troués, des visages fatigués. Là bas, les enfants pleurent car ils ont faim, et non pas car on leur refuse la friandise vantée par le panneau publicitaire. Bref, une perspective autre que ce que l'on veut bien se laisser faire croire. Et justement ces visages sont beaux, ils sont magnifiques car ils respirent, ils transpirent, l'autenticité.
Et quand, après métro puis bus, je me rapproche de ma destination, je m'apperçois que l'ami que je visite habite dans un lotissement dont l'entrée est suveillée, les murs grillagés: pourtant les maisons locales ne respirent ni le luxe, ni la facilité. Drôle d'accueil, et un signe de plus montrant que le privilège résonne d'un son grave quel que soit l'endroit dans lequel il prend sa source.
miércoles, 4 de julio de 2007
La phrase du jour
"No existen cadenas como las de la ilusión,
no hay fuerza como la que proviene de la disciplina,
no hay amigo más encumbrado que el conocimiento
y
no existe enemigo mayor que el ego"
Gheranda Samhita
(il n'existe aucunes chaines comme celles de l'illusion,
il n'est pas de force comme celle de la discipline,
il n'est pas d'ami plus encombrant que le savoir,
et
il n'existe pas de plus grand enemi que l'ego)
Vivir en Santiago
Telle une goutte d'encre échappée de la plume céleste, elle se serait écrasée avec éclaboussures, et aurait entaché la pureté de la page vierge d'un papier jauni par les âges. Le Grand Ecrivain, là haut, aurait laché un juron, et de cette onde cosmique se serait crée Santiago.
Pourtant, les pages précédentes et l'élégance de sa prose nous aurait chanté les Andes, composé les contours de la côte pacifique, et peint la grande plaine fertile du centre, là où même chaque année naissent les ensoleillés vins chiliens. Généreux et pleins de vie.
A croire que la seule intervention de l'homme suffit à détruire la médodie d'une symphonie qui s'accorde harmonieusement entre terre, ciel et mer, neige, feu et soleil. Chili, pays des extrêmes n'est autre que l'objet de toutes les convoitises de l'homme qui y habite. Et l'autochtone n'est lui même que le reflet de l'incroyable force et perturbation d'un ensemble de terres sauvages qui lacèrent le continent en ce bout du monde. Ceinture de feu et cercle sismique de la planête agissent telle une immense cicatrice le long des Andes, s'étirant de la pointe sud et des terres oubliées patagoniennes où vents et glaces règnent de leur grandeur, jusqu'au nord désertique et arride. Et en plein milieu de ces 4300 km s'étend la métropole, véritable orgie humaine puisque la capitale ne regroupe pas moins du tiers de la population chilienne.
Ainsi, il n'est pas difficile d'imaginer le chaos et le désordre qui règnent dans cette ville fondée en 1541. Entre anxieté et asphyxie urbaine, l'homme ronge petit à petit, mais de plus en plus, la toile qu'il a lui même tissée. Pourtant, reflet de la nature qui l'entoure, comment l'homme n'en serait-il pas illuminé?
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