Scraptophile
funk is all around - babaka baka REMIX
TAO : naître et renaître
miércoles, 17 de octubre de 2007
El numero 163
Si je jette un oeil par dessus mon épaule, et que mon regard se pose aériennement sur ces mouvements du temps qui se bousculent et qui viennent de déferler, alors un brin essouflé je perçois à nouveau les saveurs et les couleurs, les émotions et sensations qui se dégagent de la vie chaque seconde. Les thèmes colorés et ensoleillés, et les fresques obscures et sombres.
"Mode hyper-espace désenclenché" annonce la voix douce et sensuelle, mais pronfondément métallique du robot-ordinateur de bord.
La vie glisse autour de nous et en nous si vite! Si vite, ou si intensément? Car ce que nous prenons pour le temps qui coule, ne serait-ce pas plutôt la vie qui s'intensifie? Une conscience qui s'ouvre, une réalité qui se dévoile? ... je veux bien laisser la question en suspens, comme portée par l'éternité, et reprendre le prochain wagon vers la matrice.
En tout cas, vers ce torrent de montagne aux eaux vives qui m'innonde, m'emporte et me rafraîchit chaque jour. En effet, la vie bat son plein et avec une immense palette de vibrations. J'ai parfois la sensation d'être au milieu d'un orage électromagnétique et des pluies d'éclairs d'energie s'abattent un peu partout. Après réflexion, j'ai même l'impression d'être cet orage de foudre, et de mon désordre intérieur, éclatent des intempéries. Intensifiées par ma passion et ma sensibilité, par mes préjugés et mes points de vue, l'équilibre statique du monde est rompu.
Parfois, l'eau jeune et intense des pics enneigés cesse d'être ce véhicule fougueux et imprévisible. La pente diminue, le rythme disparaît. Peu à peu, naturellement, toute notion de cours d'eau délimité par un lit à deux rives s'évanouit. Le calme se fait. L'eau...
L'ordre s'établit, et une profonde vibration stabilise l'onde chaotique que je fus. Plus de son, plus d'image, plus de désir. Autre chose.
Et puis parfois, mon embarcation s'engage dans des eaux plus lointaines, plus de l'intérieur, vers un voyage où le rythme est plus lent, et les émotions plus lourdes. Les eaux d'un fleuve traversant une dense forêt tropicale. Chaleur et humidité, lenteur et pudeur. Le goût est différent, la perception change, et il faut savoir apprécier cette nouvelle onde. Yang Tse Kiang. Le fleuve jaune.
Ainsi, ne suis-je pas ma propre percepion du monde? Le monde n'est pas ainsi, ou d'une autre manière. Il est comme je le vis, comme je le ressens. Il y a la guerre, et la beauté. En moi.
...
Numéro 223! Je relève les yeux du petit bout de papier que je viens de tirer du tourniquet qui indique l'ordre d'attendance.
"Damned!" je vais encore devoir m'éterniser, - m'étherniser - dans ce rade. Je jette un regard anxieux sur le panneau d'appel des numéros : numéro 27... "Bon, 196 numéros à attendre."
Le cadre est spectaculaire : "santiago, administración de extrajeria". Dans un coin obscur de la salle, on pourrait presque discerner Han Solo et Chewbacca venus proposer leur service de contrebandiers au plus offrant. Il y a de tout. Des mamans boliviennes avec leur nouveau né enroulé dans un habit traditionnel, de vieux péruviens à la recherche d'un eldorado de survie, des anglo-saxons en costume cravate aux grands airs d'ambassadeur, des brésiliennes en train d'annoncer au monde que le printemps est arrivé, paraguay, uruguay, colombia... le tout réuni en surnombre dans un espace limité. Et tous venus quemander à une administration fatiguée et enrouée quelques tampons sur un passeport ou une carte d'identité. Derrière un guichet, au bout de la salle, 4 personnes reçoivent toute cette foule patiente et appliquée. Devant elles, plusieurs tampons posés avec une sorte de respect autoritaire règnent sur des armées de piles de papier et de feuilles entassées. Des dossiers également patrouillent dans cet espace ordonné : nulle feuille ne pourra déserter : son numéro indique soigneusement sa localisation, et sa provenance.
Au milieu de toute cette anarchie ordonnée, juste au centre de la salle se dresse un bar en rondins de bois, avec quelques palmes d'arbre tropical. Derrière le bar, un grand gaillard sourit béhatement, comme s'il y avait quelqu'un dans sa tête, mais que ce n'était pas lui : the Dude, en personne, et en white russian permanent. Un chapeau de paille constamment à la limite de la chute posé sur sa tête, the Big Lebowski remplacerait ce foutu tourniquet insipide qui délivre le nombre d'heures à attendre.
- "Señor, permiso, quiero pasar."
Oui oui, je me pousse, voilà... Après une attente d'une heure et demi, autant se rendre à l'évidence, ce ne sera pas pour aujourd'hui. Seulement 80 personnes ont obtenu le saint graal en 2 heures d'ouverture.
C'est donc armé de nouvelles ambitions et de mon casque de moto qu'hier matin, je débarque à la extrajeria qui vient d'ouvrir 15 minutes plus tôt. Arrivant au tourniquet, mon pincement au coeur ne me trompe pas, et ce que je ne voulais pas m'autoriser à penser sans le voir est pourtant réel. Les gens viennent avant l'ouverture, 8 heures du matin, et attendent patiemment leur tour. Seulement 15 minutes depuis l'ouverture, et j'ai le numéro 163!
Alright brother, take it easy... je fais demi tour, et pars à une classe de yoga. Après le om shanti final et l'inévitable namaste cloturant la pratique, je saute sur mon scoot, et repars à la extrajeria... Numéro 164. "Merde, c'est trop con..." Quel incroyable coup du sort! Ma première pensée est de resserrer d'un cran le brasselet d'épines en métal que je porte autour de la cuisse (cette pratique me vient des membres de l'Opus Dei), et de m'infliger quelques coups de martinets bien placés afin d'expier les péchés que Dieu me reproche le bougre, et pour lesquels il me punit de la sorte.
Et puis envahi d'une onde d'insouciance, ou serait-ce le white russian? je brave l'autorité et la loi, m'insurge contre cette matrice que je crée moi même, et avance vers le pupitre d'un pas décidé. "Hola señora, tengo el numero 163...".
"Mode hyper-espace désenclenché" annonce la voix douce et sensuelle, mais pronfondément métallique du robot-ordinateur de bord.
La vie glisse autour de nous et en nous si vite! Si vite, ou si intensément? Car ce que nous prenons pour le temps qui coule, ne serait-ce pas plutôt la vie qui s'intensifie? Une conscience qui s'ouvre, une réalité qui se dévoile? ... je veux bien laisser la question en suspens, comme portée par l'éternité, et reprendre le prochain wagon vers la matrice.
En tout cas, vers ce torrent de montagne aux eaux vives qui m'innonde, m'emporte et me rafraîchit chaque jour. En effet, la vie bat son plein et avec une immense palette de vibrations. J'ai parfois la sensation d'être au milieu d'un orage électromagnétique et des pluies d'éclairs d'energie s'abattent un peu partout. Après réflexion, j'ai même l'impression d'être cet orage de foudre, et de mon désordre intérieur, éclatent des intempéries. Intensifiées par ma passion et ma sensibilité, par mes préjugés et mes points de vue, l'équilibre statique du monde est rompu.
Parfois, l'eau jeune et intense des pics enneigés cesse d'être ce véhicule fougueux et imprévisible. La pente diminue, le rythme disparaît. Peu à peu, naturellement, toute notion de cours d'eau délimité par un lit à deux rives s'évanouit. Le calme se fait. L'eau...
L'ordre s'établit, et une profonde vibration stabilise l'onde chaotique que je fus. Plus de son, plus d'image, plus de désir. Autre chose.
Et puis parfois, mon embarcation s'engage dans des eaux plus lointaines, plus de l'intérieur, vers un voyage où le rythme est plus lent, et les émotions plus lourdes. Les eaux d'un fleuve traversant une dense forêt tropicale. Chaleur et humidité, lenteur et pudeur. Le goût est différent, la perception change, et il faut savoir apprécier cette nouvelle onde. Yang Tse Kiang. Le fleuve jaune.
Ainsi, ne suis-je pas ma propre percepion du monde? Le monde n'est pas ainsi, ou d'une autre manière. Il est comme je le vis, comme je le ressens. Il y a la guerre, et la beauté. En moi.
...
Numéro 223! Je relève les yeux du petit bout de papier que je viens de tirer du tourniquet qui indique l'ordre d'attendance.
"Damned!" je vais encore devoir m'éterniser, - m'étherniser - dans ce rade. Je jette un regard anxieux sur le panneau d'appel des numéros : numéro 27... "Bon, 196 numéros à attendre."
Le cadre est spectaculaire : "santiago, administración de extrajeria". Dans un coin obscur de la salle, on pourrait presque discerner Han Solo et Chewbacca venus proposer leur service de contrebandiers au plus offrant. Il y a de tout. Des mamans boliviennes avec leur nouveau né enroulé dans un habit traditionnel, de vieux péruviens à la recherche d'un eldorado de survie, des anglo-saxons en costume cravate aux grands airs d'ambassadeur, des brésiliennes en train d'annoncer au monde que le printemps est arrivé, paraguay, uruguay, colombia... le tout réuni en surnombre dans un espace limité. Et tous venus quemander à une administration fatiguée et enrouée quelques tampons sur un passeport ou une carte d'identité. Derrière un guichet, au bout de la salle, 4 personnes reçoivent toute cette foule patiente et appliquée. Devant elles, plusieurs tampons posés avec une sorte de respect autoritaire règnent sur des armées de piles de papier et de feuilles entassées. Des dossiers également patrouillent dans cet espace ordonné : nulle feuille ne pourra déserter : son numéro indique soigneusement sa localisation, et sa provenance.
Au milieu de toute cette anarchie ordonnée, juste au centre de la salle se dresse un bar en rondins de bois, avec quelques palmes d'arbre tropical. Derrière le bar, un grand gaillard sourit béhatement, comme s'il y avait quelqu'un dans sa tête, mais que ce n'était pas lui : the Dude, en personne, et en white russian permanent. Un chapeau de paille constamment à la limite de la chute posé sur sa tête, the Big Lebowski remplacerait ce foutu tourniquet insipide qui délivre le nombre d'heures à attendre.
- "Señor, permiso, quiero pasar."
Oui oui, je me pousse, voilà... Après une attente d'une heure et demi, autant se rendre à l'évidence, ce ne sera pas pour aujourd'hui. Seulement 80 personnes ont obtenu le saint graal en 2 heures d'ouverture.
C'est donc armé de nouvelles ambitions et de mon casque de moto qu'hier matin, je débarque à la extrajeria qui vient d'ouvrir 15 minutes plus tôt. Arrivant au tourniquet, mon pincement au coeur ne me trompe pas, et ce que je ne voulais pas m'autoriser à penser sans le voir est pourtant réel. Les gens viennent avant l'ouverture, 8 heures du matin, et attendent patiemment leur tour. Seulement 15 minutes depuis l'ouverture, et j'ai le numéro 163!
Alright brother, take it easy... je fais demi tour, et pars à une classe de yoga. Après le om shanti final et l'inévitable namaste cloturant la pratique, je saute sur mon scoot, et repars à la extrajeria... Numéro 164. "Merde, c'est trop con..." Quel incroyable coup du sort! Ma première pensée est de resserrer d'un cran le brasselet d'épines en métal que je porte autour de la cuisse (cette pratique me vient des membres de l'Opus Dei), et de m'infliger quelques coups de martinets bien placés afin d'expier les péchés que Dieu me reproche le bougre, et pour lesquels il me punit de la sorte.
Et puis envahi d'une onde d'insouciance, ou serait-ce le white russian? je brave l'autorité et la loi, m'insurge contre cette matrice que je crée moi même, et avance vers le pupitre d'un pas décidé. "Hola señora, tengo el numero 163...".
Suscribirse a:
Entradas (Atom)