Scraptophile

miércoles, 26 de marzo de 2008

Chute libre

45 secondes. 45 secondes d'éternité qui se consument en un instant tellement intense que nul ne sait s'il fut long, rapide ou court. Encore une fois, le temps nous joue des tours. Notre conscience linéraire nous incite à mesurer ce temps sous forme d'unité de longueur, de longévité. Pourtant, quand on se rapproche de l'essence du moment et de son intensité, toute mesure disparait et il ne reste qu'une irrationnelle et non mesurable expérience. Le cerveau arrête de mesurer, de comparer, de mémoriser. Enfin, il vit!

Sauter d'un avion en plein ciel, à 9300 pieds. Sur la droite, l'Acongua et les Andes enneigées, sur la gauche l'immensité du Pacifique. En dessous, les champs et la route que l'on distingue à peine, minuscules. La montée dure 20 minutes. 20 minutes terrorisantes berçées par le bruit du moteur, les vues spectaculaires, et le froid qui peu à peu nous envahit. L'absence de porte du vieux zinc pourri qui nous trimballe rend l'atmosphère encore plus envoutante, et la tension encore plus palpable.
Le cerveau et la pensée tournent à plein pot, cherchant une voie de sortie à ce qui se prépare. Le système endocrinien produit de l'adrénaline en excès, et le rythme cardiaque s'accélère chaque seconde un peu plus. Le système nerveux travaille à plein poumons : le long de ma colonne vertébrale se transforme en véritable autoroute de l'information sensorielle.
Seule la respiration me permet de rester calme, parfaitement conscient et, au final de savourer toutes ces subtiles manifestations de stress qui se bousculent en moi. La respiration est une porte vers l'intérieur. Elle est mon seul allié. Celle qui me permettra de profiter et de ne pas partir dans un rejet panique de mon cerveau lors de la chute libre.

Damned. C'est à nous. L'instructeur auquel je suis attaché me pousse vers la sortie, et me suspend dans le vide. A partir de maintenant, ce que je vous conte n'est plus qu'une vague intuition, une sorte de souvenir irréel bouleversant. La puissance de l'instant a tout effacé, et la mémoire devant ce cataclismique moment n'a pu effectuer son devoir de back up. Pureté et liberté. Voilà où nous sommes. Et voilà pourquoi cela s'appelle chute libre.
Il m'a dit d'ouvrir, j'ouvre. Dès qu'il nous lache dans le vide, j'écarte bras et jambes. Peut être un peu trop passionnément, car le coup de rein nous fait partir en une vrille vers l'avant. Oh, l'avion là, qui s'en va... Et là! Les Andes! Le sol... Et l'océan...!
Enfin nous nous stabilisons, et traversons les couches de la stratosphère à 160 km/h. Je sens les degrés de température au gré de la descente. On vole... on danse dans le ciel!

Puis, la rupture. Le parachute s'ouvre. En 2 secondes, on passe de 160 à 20 km/h... Et commence alors un lent vol aérien, suspendu dans le ciel, à savourer l'intensité intégrale de ce qui se passe en nous.


Par la suite, ce sera le tour de Daniela. Toute cette aventure fut pour son cadeau d'anniversaire de 30 ans. Cadeau empoisonné...
J'observe le ciel avec préssentiment... et tout à coup, je les vois! Je vois Dani tomber, chuter, danser dans le ciel. Je la vois traverser cet immense univers bleu à une vitesse incroyable. Tel un point noir sur fond bleu clair, et l'avion qui s'éloigne au loin.

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