La nature est de loin l'être le plus vivant et le plus merveilleux de toute l'histoire de la création. Quand il nous est possible de l'embrasser dans son éclat le plus naturel, il m'est apparu que nous nous faisons un peu plus animal. Nous abandonnons confort et conscience egotique contre instinct et intuition. Nos sens nous reviennent avec une sensibilité touchante. Et pour une fois, nous laissons notre être intérieur, celui qui aime et vit en paix, s'exprimer avec douceur et profondeur. Le monde ralentit, et ce qui est prend la place de tout ce dont nous avons l'habitude : les désirs, les distractions, les objectifs, les résultats, bref le résultat de nombreux siècles d'esclavitude de l'homme en société. "Il faut que je fasse cela" ou encore "je veux ça", toutes ces pensées qui nous éloignent chaque jour de notre véritable essence n'ont aucune prise face à la splendeur et au rythme naturel.
Aujourd'hui je comprends mieux la nature de l'homme au contact de la nature. Et il m'apparaît qu'homme et nature ont pris deux chemins divergents il y a bien longtemps. Pourtant, ne sont-ils pas faits pour vivre ensemble? En allant plus loin, et plus profond peut être, ne sont-ils pas les mêmes? L'homme n'est-il pas la nature, tout comme la nature également a une part d'homme en elle?
Quoiqu'il en soit, ces fameux exodes ruraux que l'on vit depuis quelques siècles et le développement de l'industrialisation, nous conduisent en masse vers les villes, et nous éloignent de la nature. Or quand on voit le chaos qui existe au sein de ces villes dans lesquelles nous vivons, il n'est nullement étonnant que chaque jour nous cultivons mépris, individualisme, et intolérance. L'homme semble agir comme s'il voulait s'amputer d'une part de lui même. Pourquoi renier à ce point la nature? N'est-ce pas ce que nous faisons tous en préférant vivre en ville? "Ah ben oui, mais j'ai mon travail..." ou encore "moi il me plait de sortir et faire toutes ces activités que la ville propose"... les raisons sont nombreuses. Encore une fois ne privilégions nous pas la quantité à la qualité?
Si nous réflechissons une seconde à une chose : quel est le moment le plus intense, le plus spirituel, celui là même où TOUT semble s'être arrêté, que nous ayons vécu? Où cela se passait-il? Au milieu de l'océan? Dans le désert? En escaladant une montagne? En franchissant une barrière de corail? En urinant librement à l'air libre, le vagin ou le pénis caressé par le petit vent du matin?
A peine la plume enfourchée que je me mets à tirader sur l'homme et la ville... Vivement que notre route personnelle nous emmène en des contrées paysannes. A la rencontre du Chili...

Chili, Patagonia y Tierra del Fuego... Voyage à la rencontre du bout du monde. Ces mots ne sont pas dénués de sens, et résonnent d'une signification profonde. La localisation géographique fait rêver : pointe australe des Amériques, Cap Horn, détroit de Magellan, union fougueuse entre Pacifique et Atlantique, et pas si loin... l'Antarctique.
Las Torres del Paine, destination patagonique quasi-obligatoire est un parc national légendaire, le plus prisé d'Amérique, une sorte de havre incroyable où la nature rassemble certaines de ses beautés splendides au même endroit.
De longues et lentes plaines entre lesquelles coulent inexorablement des lacs éternels. De somptueuses forêts naissant à la lisière de montagnes minérales. Tout proche, des troupeaux de guanaco paissent tranquillement une herbe rafraichie par la pluie quotidienne. Au dessus de nos têtes et des sommets andins, des condors marquent leur territoire royal d'un vol immobile.
Les vents, véritables maîtres des lieux, soufflent d'une liberté palpable. Et de leur rythme inné change tout le décor austral d'une terre grandiose. Espaces de pureté, en changement constant, une partition qui s'écrit magnifiquement chaque seconde au rythme de la terre, au rythme de l'univers.

Une aventure de chaque instant. Un road movie ... à pied. Le trekking est en soi une forme magistrale de déplacement et de découverte. Parés de nos 15 à 20 kg de bordier sur le dos, nous avons cheminé lentement à travers le massif des Torres.
Bercés par le rythme de la nature, nous avons exploré les sentiers longs et sinueux de cet incroyable endroit. Le soir, après des journées bien remplies en instants mémorables, le froid de la tente nous endurcit et la chaleur d'une gamelle au réchaud nous rapprocha. Joseph et Vave, mes deux compagnons de toujours, ce fut un régal de marcher à vos côtés. Mike Worms était là lui aussi, avec nous!

A travers le dédale magistral de massifs montagneux, nous cheminâmes. Des étapes de 15 à 20 km dans cet espace immense nous permirent de savourer chaque pas vers un inconnu merveilleux, et de nous retourner enfin : "nous venons de là bas, entre cette montagne et le bout du lac que nous voyons sur la gauche". Lentement, le paysage changeait, et nous avec. Telle une fraternité de randonneurs, nous eûmes pu rencontrer des troupes d'orques ou des convois elfiques, ou encore Gandalf cavalant aux côtés de Grands Pas. Terre de Rohan, royaume du Mordor, ou Comté enchanteresse, il y a bien de tout ça en Patagonie.