Scraptophile

lunes, 18 de febrero de 2008

La ballade du pacifie





Contine

J'ai pris la bleue. Maintenant, je me souviens. J'ai choisi de me libérer, et de vivre la réalité. J'ai choisi d'arrêter de penser à moi, d'arrêter de suivre les injonctions et les obligations qui ont depuis toujours guidé mes pas. J'ai choisi de respirer, d'écouter. Et j'ai choisi d'observer, et de faire attention.
Alors, j'ai vu.
J'ai vu que la réalité ressemble au monde des contines enfantines que l'on me lisait étant enfant. Les prairies vertes, s'étendant sous l'immense ciel bleu, les moutons paissant en paix sous le soleil éternel... Les couleurs si binaires, qu'elles ont été crées ainsi par la plume divine.
Les dessins animés... et les histoires absurdes de tous les livres dont l'unique objectif est de faire voyager, de susciter en l'enfant un élan créatif, subtil flirt d'une mémoire toute récente et d'un imaginaire gigantesque.



Mais les mots restent des mots, et l'important est l'émotion de la réalité, celle là même cristalisée en cet instant délicat qui est né au moment où nos yeux ont touché ce divin décor, et qui est mort instantanément. L'attention nous a permis d'entrevoir, puis... rien. Tout ce qui vient après compte t-il?



L'instant que vit l'enfant où il est intégré totalement à l'objet de son attention... cet instant s'appelle méditation. Lorsque parfois, en des moments de grâce, cet état d'âme nous touche, étonnante est alors la perception. Tout est couvert d'amour, comme dans un conte enfantin.

Onirisme fugien - en do majeur

Terre de Feu, ou lointaines étendues oniriques? Es tu réelle, ou appartiens tu au monde oublié de mes rêves, royaume isolé de mes plus profonds désirs et de mes peurs les plus oubliées?
Tes couleurs ne sont que trop réelles, notre perception n'est que trop nette... Chaque photon est si parfaitement illuminé que la clairvoyance semble partout se propager. Colourful rainbow.
Ton vert est si vert, ton bleu est si bleu et ton blanc si blanc que j'en viens à douter de ta réalité. Existes tu réellement, ou n'es-tu que le reste perdu des mes idéaux enfantins?



Combien en ai-je pris? En ai-je pris?
Ai-je pris la pilule bleue, ou la rouge? Ai-je pris une pilule?

Lointaines epoques

En un vol qui semble éternel, le condor tache le ciel de sa présence immobile. De la naissance des Andes à la naissance d'un continent, il règne en un royaume si vaste que le temps et l'espace le lui ont abandonné, tel l'héritage sacré né des cendres de la terre.



En ces lieux désolés résonne une solitude si profonde que le vide semble s'acaparer chaque chose pour en faire sa création. Alors, cet immense espace qui existe en nous, répond de sa douce vibration à l'appel de l'infini.

martes, 5 de febrero de 2008

Headin' south


Ici-bas, le lago blanco, à côté duquel nous campâmes une nuit. A cette longitude, la population devient très rare, et nous affolons la boussole que d'ailleurs nous n'avons pas. Qu'il est bon de fuir l'homme et d'embrasser ainsi les étendues naturelles!

Les ciels fugiens, repaires des anges



A travers la terre de feu

Une des nombreuses "Estancias", les propriétés locales, qui constituent les seules habitations de la région.


Un des nombreux lacs ornant la plaine fugienne.

domingo, 3 de febrero de 2008

Destination australe

La Terre de Feu naît de l'autre côté du détroit de Magellan. Immenses étendues insulaires qui se décrochent peu à peu du continent, cette immense presqu'île constitue les derniers remparts de terre avant la fin. Si l'on regarde un compas, on s'apperçoit également que l'aiguille pointe dangereusement vers le sud. Nous entrons dans les profondeurs australes de la planête. Le ciel s'ouvre peu à peu, comme pour mieux signaler qu'ici c'est son domaine, et qu'il y règne depuis toujours.



Les premières impressions en ces paysages infinis nous viennent encore une fois de la lumière. Encore plus blanche et lumineuse que jamais. Un simple regard se charge ainsi en billiards de photons flottant dans de blanches vibrations.

viernes, 1 de febrero de 2008

Le maitre des clefs

Suite à ce long périple à Torres del Paine, nous revoilâmes plongés dans l'ambiance amicale du pueblo limitrophe : Puerto Natales, dans lequel il est certain, de nombreux épisodes ont franchi les portes du réel pour se perdre dans de lointaines errances spaciales. Nous ne serions guère épargnés, mais nous le saurions que plus tard. A cet instant, nous savourions de goûteuses viandes locales en dégustant toute la fierté et le caractère du vin chilien...

Perdu entre de glorieuses terres sauvages et les avancées glaciales du détroit de Magellan, Puerto Natales accueille une foule innombrable et étéroclite de voyageurs excités. Aventuriers, touristes, scientifiques préparant quelques expéditions en Antarctique, ou encore sportifs lorgnant sur de nouvelles conquêtes, tous cotoient un peuple chilien accueillant et agréable, beau reflet de la nature de l'homme cotoyant les espaces immenses de la Terre.



Dans ce genre d'endroit, tant d'histoire ont du être écrites, qu'il nous suffit de nous laisser porter par les vents de l'intuition et de la casualité. Le hasard, ou en tout cas la force qui réside sous ce mot réducteur, entreprend ensuite de tisser sa toile titanesque. Nos pas nous menèrent ainsi à un temps où fantômes et flibustiers, pirates et spectres se sont réfugiés dans le vent et l'air, et hantent désormais chacune de nos inspirations.



Pas étonnant alors que la suite de l'histoire, nous ne en souviendrions plus que par rêves, bribes ou flashbacks. En effet, tout ce qui se passa là bas appartient aujourd'hui au monde de l'inconscient et du surnaturel. "El Ruperto", repaire des évadés locaux et paradis de l'extase : tant d'âmes y ont voyagé, qu'en ce lieu flotte encore un parfum de récifs. Nul phare ne te prévient du danger, ainsi tu y es seul et ton abandon y est total.

"Par là, compadres!" s'était exlamé Jos, et par là nous allâmes. Une fois devant le rade, nous sentîmes en poussant la porte, que nous pénétrions dans le repaire des sbires de la défonse et que ceux-ci avaient laché leurs lions.
Pourtant, le bar était quasi désert, la tempête ne frapperait certainement pas par cette nuit... Décontractés, nous avançâmes vers le bar et y prîmes position. Le comptoir en bois y était chaleureux, et nos carcasses fatiguées s'y accoudèrent avec délectation. Smiles, rires francs et sympathie flottaient autour de nous, comme une aura lumineuse, et entreprirent de cordialiser profondément notre rencontre avec le propriétaire des lieux...

Il nous accueilla en chilien, parlant à toute vitesse. Ses mots pouvaient parfois dépasser sa pensée. Un aficionado du trip et de la tchatche, il nous fallu quelques minutes pour comprendre que cet intriguant personnage était un angliche. Je crois que personne ne se souvient de son vrai nom, comme si le vent et le froid l'avaient emporté à tout jamais, et que tout le monde se satisfait de son surnom : Slowly. De sa voix mystérieuse il nous explique "well ya, fuckin´hell, it's true, I can't speak like tha´ , y´know".
Allègres, nous nous emportâmes à demander à notre sympathique hôte qu'il nous mette une tournée de pisco sour, le breuvage national. Comment allait t-il s'en sortir, me souvins-je avoir pensé alors... Il les fit lui même, à l'ancienne, appliqués et sévères : 3 excellent pisco sour qui nous accueilleraient petit à petit dans le domaine doux et cotonneux de l'ivresse.
Et là, la conversation avec notre cher Slowly reprit de plus belle. Cet homme disposait d'un point de vue divinement intriguant : patron d'un rade à Puerto Natales, repaire d'une multitude de potentiels en puissance à écrire du roman. A quoi ressemble le monde, vu d'ici?
Nous décollâmes à chacune de nos tirades, et celles de Slowly nous emportaient si loin, que chaque retour nous valait une nouvelle rasade de sa délicieuse confection. Le pisco sour faisait son petit bout de chemin, et la candeur et la fraicheur de nos âmes se ressourçait avidement.
Et puis soudain, Slowly eut le mot de trop. Celui qui fait basculer un fragile équilibre vers les extrêmes, et les emporte dans les gouffres de la condition humaine. "Tha´s for the house!", il nous payait son godet. En quelques minutes, il nous confectionna l'arme de destruction massive la plus puissante que je n'ai jamais vu. Ingrédients simples et détonnants : vodka piment. Easy and cheap, fuckin´efficient.
Il en servit quatre, il nous accompagnait. Il lança d'ailleurs les hostilités en s'envoyant one-shot son propre mélange. Nous dûmes ainsi le suivre, et vider à notre tour ce godet maléfique.
Je me souviens encore du flirt de mon palais et de la boisson : la force et l'amertume de la vodka se noyèrent en un souffle épicé. Dans ma bouche régna parfaitement le divin équilibre entre puissance et fulminance, vapeur et moiteur. Une danse si envoutante que pendant un temps mon cerveau s'embruma totalement, ne sachant s'il devait lancer des signaux de détresse à mon corps ou s'il devait s'abandonner profondement en une soumission absolue. La montée qui s'ensuivit fut si abrupte que toutes les pores de ma peau se mirent à réclamer intensément un air qui se raréfiait de seconde en seconde. Les connections cérébrales de mon hémisphère droit lachèrent, et je me laissai porté par les fantaisies et l'absurdité de la perception du demi-cerveau qui devait me rester.
Un sorcier de la picole. Seul un magicien de la fonsedé pouvait se permettre la simplicité d'allier vodka et piment pour t'accueillir dans le gouffre qui était le notre. En quelques secondes, Slowly nous avait transformé en l'ivrogne du village d'un roman irlandais.

Nos coudes se firent soudainement plus souples sur le comptoir. Les muscles de nos visages se relachèrent, la langue profondément relachée sur le palais inférieur. De la salive, beaucoup de salive. Nous atteignions le débit dramatique de 7 synapses par seconde. En ce laps de temps, pas moins de 14 neurones étaient privés de connection, privés les uns des autres, annihilant ainsi le trajet de l'information dans notre grande enveloppe charnelle. Dans de grands rires niais, nous faisions mine de suivre les conversations, pourtant nos esprits embrumés devaient à cet instant trinquer avec toute une taverne de saoulards dans un rade des caraibes.
Dans un élan d'oxygène, je parviens parfois à glaner quelques thèmes que nous discutâmes : "el ruperto", rade des rades est connu dans le monde entier. Le frère de Slowly, reporter baroudeur s'est pris plusieurs fois des claques monumentales au cours de ses périples en rencontrant aux quatre coins du monde des brigands et des prêtres habitués du spot du frangin. Une des histoires dont Slowly est le plus fier est que son frère un jour naviguait en mer de chine dans un navire de la marine russe... dans ce genre d'entreprises, il est évident que la plupart des protagonistes ont déjà vu du paysage. Au cours de discussions sauvages sur les sphères perdues de notre planête, le cap horn joue un rôle de dragon, et El ruperto en est le gardien des clefs...