Scraptophile

viernes, 25 de mayo de 2007

Luz maravillosa




Et enfin le voilà... Tao est né le 07 mai 2007 à 7h14, après une nuit où TOUT s'est cristallisé en une particule filante de totalité éphémère pour sa mère et moi... Une sorte de sprint final, où enfin la vie jaillit au bout de ce long combat contre la douleur et la fatigue.
Une sorte de jeu olympique condensé... entre la marche à pied, lente et cruelle, pour faire descendre le bébé selons les lois universelles de la pesanteur, un slalom géant entre les contractions devenant chaque fois plus violentes, et l'heptatlon final où nage, course, rampements et hurlements prirent le pas pour emmener notre petit être sur la première marche du podium. Médaille d'or, petit bonhomme.
Que dire également de la place de spectateur, terrible et douloureuse, magique et salvatrice, qui m'a été attribuée dans cette épopée sauvagement humaine? Amer mélange au goût métissé...
D'un côté, on est saisi par la vague acidulante qui ronge et brûle : comment voir, supporter, encourager et appuyer une Daniela héroique, que l'on voit transportée dans les profondeurs toujours plus angoissantes de la douleur? Comment rester stoique face à cette oeuvre de la nature complètement anarchique face à laquelle on est d'une atroce impuissance?
Et puis à la fois on se retrouve bercé par la magique énergie du présent, par la beauté farouche de l'instant qui jaillit, et par la force fulminante de chaque particule de temps qui coule. L'instant est tellement puissant qu'il en vient à magnifier la douleur, à purifier la violence... Et cette place de spectateur devient alors la place privilégiée d'un témoin chanceux qui, emporté par l'époustouflance et la pureté de cette magie, se joint à la danse pour devenir un avec le couple mère-enfant. Et l'implication est totale, profonde et si réelle qu'une nuit entière d'éternité se consume en un seul instant de grâce.
Instant de grâce qui se contracte, et se cristallise jusqu'à l'atome central, véritable noyau et barycentre de toute cette pureté : l'accouchement.

L'accouchement, également, comme toute chose de cet univers, s'accorde en une harmonie dont la clé mélodique trouve sa référence dans la polarisation. Et oui, n'y aura t-il toujours pas un plus et un moins, un oui et un non? Une lune, un soleil? Un yin, un yang? L'homme, par la suite s'est senti obligé de définir ça en un bien et un mal...
Ainsi la salle de clinique fut digne de tout ce que l'expression "asceptisée" implique en matière de chaleur et de convialité. L'arrogance des lumières, qui crient de toute la profondeur électrique de la conduction métallique et de l'entêtement des néons, se mélait à l'étrange mariage de murs stérilement froids et d'un carrelage dont la neutralité rappelle les plus belles heures de la Suisse. Les protagonistes de l'histoire, tous masqués et habillés en uniforme bleu-clinique, ajoutaient tous à la scène un caractère sinistre, voire macabre. De ce fait, quand je fus introduit dans la salle, moi-même paré de ma tunique azur et de mon masque respiratoire, je crois bien avoir été frappé par l'étonnante raideur de tout ce décor, accrue je le suppute, par quatre ou cinq instruments en métal soigneusement rangés dans un ordre croissant et posés avec précision sur une table en acier gris-métallisé. Au centre de toute cette scénette médicalo-clinique, je reconnus ma Dani, allongée sur le lit, enveloppée de draps et couvertures bleus eux-aussi, les jambes déjà positionnées dans des étriers en métal dont la froideur doit, j'en suis sûr, vous glacer le sang.
Pourtant, c'est sur un nuage que j'aterris au beau milieu de cette pièce aux singuliers élans inhospitaliers. Que j'eus en moi quelques grammes de kétamine ne m'aurait, j'en présume avec foi, guère paru plus lointain ni cependant, et c'est là l'idée paradoxale, réel. Et malgré l'absence vertigineuse de toute humanité dans ce caisson antibactérien, l'humanisme le plus pur et le plus vrai est là, à l'aguet, à l'affût... Il réside d'abord dans les regards chauds et confiants de l'équipe médicale, dont la tâche n'est jamais facile, mais heureusement contrebalancée par l'aspect divin de la récompense.
Des cristaux de concentration se perçoivent dans les 4 cm de visage libre que l'on distingue entre le haut du masque respiratoire et le bas du bonnet. Seuls les yeux sont laissés en liberté, et paraissent d'une part figés dans un marbre d'attention, mais d'autre part portent en eux un message de paix et d'espoir.


Et soudain, le temps de fige à nouveau. On se retrouve projetée en plein pacifique... Attention, première vague... elle t'emmène, te bouscule, et te plonge dans ses méandres de sable et de sel. L'asphyxie est proche... il faut remonter! Vite, l'air est là! Hhhhh... une respiration profonde où l'oxygène s'engouffre avidement dans les poumons qui bien vite saturent. Pourtant, pas le temps d'exhaler. La vague suivante casse juste au dessus de toi. Garder sa respiration, ne pas paniquer... Mais la vague est puissante! Et nous sommes frêles! A nouveau, l'océan t'engloutit dans ses profondeurs... Vite! respirer... mais où est le haut? où est le bas? L'instinct te propulse pourtant de nouveau vers l'air vital... Inhalation... Cette fois, tu comprends un peu mieux le rythme des déferlantes, mais pourtant la violence de l'océan rend vains tes efforts de te maintenir en contact avec l'air. Le rouleau suivant de nouveau te fustige, te tabasse, et te catapulte avec force contre le fond de l'océan! L'air vient à manquer... Les yeux sortent de tes orbites... Tu tentes un regard dans cette apocalypse... mais tu ne distingues rien! Le noir complet. Seuls tes yeux se remplissent de sable et de sel. Epuisée, esseulée, l'envie de lacher, d'abandonner te vient à l'esprit... Que faire contre la force de la nature?...
Pourtant, hors de question de renoncer! Une energie de révolte te permet à nouveau de faire front. De faire face. Vite! L'air... Respiration profonde... rapide exhalation... attention le rouleau suivant arrive! A nouveau plongeon au plus profond de toi, entre panique, peur et douleur. Pourtant, tu fais partie de cette nature. Tu le sais et tu le sens. Tu n'arrives simplement pas à trouver le bon tempo, à rentrer dedans...
Et puis survient l'acalmie, où enfin tu peux retrouver un semblant de force et d'espoir. Comme la plupart des choses de cet univers, l'océan est rythmé par la danse des astres. Ils viennent de t'épargner... de te donner quelques secondes de vie. Tu le sais, c'est en toi, tout au fond.
Et puis la ronde des déferlantes survient à nouveau... Une première secousse déjà te refait perdre haleine... Encore plus fort, encore plus puissant! Tu as envie de pleurer tellement tu te sens impuissante. Quelle injustice! Tu n'en peux plus, exhaustée tu as envie de terminer tout ceci, et pourtant le rythme revient, avec une intensité accrue! Asphyxie, désorientation, panique, tout un spectre d'émotions et de ressentis qui tendent à te plonger dans un noir désespoir.
Pourtant, tu luttes, et une rage inouie gronde en toi. Tu vas chercher les derniers souffles d'air au fond de ton être. Inhalation - exhalation - et à nouveau le roulé-boulé aquatique t'isole tout au fond. Cela ne va t-il donc jamais cesser?
Révolte, rage, volonté de justice, une lumière violente te pousse chaque fois à aller chercher en toi l'essence même de la vie, le sens même de la vie. Et te permet chaque fois de revenir, de fournir l'effort nécessaire.
Et puis vient la dernière série. Tu ne peux presque même plus te maintenir à flots. Et elle arrive plus dévastatrice que jamais. Tu sens pourtant, que la fin est proche. Tu sais, en toi, que la paix est là au bout de ces quelques derniers assauts de l'océan. Mais tu n'as plus de force. La première vague t'engloutit, et cette fois tu ne peux plus remonter chercher l'air. Alors tu résistes du fond. Une deuxième vague t'asséne une onde encore plus atroce. Pourtant tu ne la sens qu'à peine. Et une troisième déferlante advient sans que tu n'aies pu reprendre ton souffle. Ta douleur est si forte, et ton manque d'air si grand que tu ne peux plus que pousser avec ton âme. L'enveloppe charnelle ne répond plus. La lumière et la délivrance proviennent de ton esprit, et c'est cette force spirituelle, immortelle et impérissable qui te fait prendre cette vague jusqu'au bout.

Le cri qui sort alors de ta gorge rappelle le bruit dans lequel l'univers se créa. Le souffle de vie. L'énergie de la Création. Et enfin cette dernière contraction se termine par la grâce, le spleen, le sublime... cet instant de magie où Tao nous apparaît.

Daniela, merci à toi pour cet acte magnifique, cet héroisme de pureté et ce don que tu as fait au monde.

2 comentarios:

AnneduSud dijo...

Je découvre ton blog grâce à Alex (vert-olive) et j'ai été très émue et impressionnée par ta manière de nous faire partager l'arrivée de Tao. Merci pour cela.

jave dijo...

Salave fanave !

Que dire !!!!!!!!!!!!
En fait je ne sais pas vraiment quoi dire !

Tout ça me paraissait bien irréel jusqu'à maintenant ! et puis cette photo, ce petit mec qui est ton fils s'impose comme une réalité !

Je suis touché mec, je pensais pas que tu serais le premier de mes potes à vivre ça ! tu l'a vécu à ta manière un peu comme dans un film psyché !

Finalement j'ai qu'une chose à dire : bravo, bravo d'avoir été au bout de ton trip ! d'avoir pris tes responsabilités : c'est pas toujours évident (et je sais de quoi je parle) !

A plus mec et bon courage à toi dans cette nouvelle vie à 3