Scraptophile

martes, 31 de julio de 2007

Free falling

Malgré l'air sec et froid, et le vent aiguisant chaque centimetre du visage, de grosses gouttes chaudes commençaient à innonder la partie inférieure de mon dos. Le corps, transformé en une machine rugissante, travaillait à plein régime. Chaque pas pesait sur l'organisme et celui-ci devait puiser dans les réserves énergétiques pour continuer à avancer. Les poumons se remplissaient et se vidaient à un rythme beaucoup trop élevé... La recherche de l'air devenait un objectif vital à chaque enjambée. L'oxygène goulûement avalé fusait dans les veines jusqu'aux muscles, qui déjà montraient des signes de dépit. Le coeur, véritable moteur de toute cette entreprise, résistait de toute sa vaillance, et distribuait dans les veines et artères le saint graal aérien.
"Là, juste après cette petite combe... encore cent mètres!"
Et cela repartait pour un nouvel effort, pour une nouvelle étape. L'altitude rendait la respiration difficile, et le rythme du coeur élevé. Chaque effort devait être au mieux canalisé afin d'éviter une hausse de la demande de la précieuse molécule. La neige, fraiche et profonde, ensevelissait chaque enjambée comme pour mieux signaler au monde que son territoire devait rester vierge.
Car c'est bien la virginité de cet espace et l'immense pureté de cette neige qui motivait une telle débauche d'énergie. A 3500 mètres, au coeur d'un massif de montagnes éclatant, et sous une luminosité azur d'un soleil radiant, les conditions ruisselaient d'une perfection cristale...
Quand enfin j'atteignis la cime, l'objectif fixé, et surtout le point de départ de ce qui allait suivre, je me régalai de la douceur d'une pause, d'un instant de plus à ressentir la paix d'un paysage époustouflant. Retrouver son souffle, profiter du réequilibre du rythme cardiaque et respiratoire, et savourer la fin de l'effort avec délectation.
Après la montée, il y a la descente. Un simple regard sur la pente en contrebas venait glisser au creux de ton oreille "liberté..."
Et comme par désir de vivre l'instant plutôt que le rêver, le moment d'après tu te jetais de toute ton âme dans les flots de la descente. L'immense champ de poudre, l'immense chant de la poudreuse, t'envahissait d'un air dont tu créais toi même la mélodie. La verticalité de la pente rendait l'union encore plus sensuelle. La poudreuse jouissait en crissant sous les caresses de ta danse... Le flot cinétique qui te propulsait de droite vers gauche puis de gauche vers droite se cristalisait en une vague charnelle. Les cuisses, véritables pistons amortisseurs de toute cette dynamique, hurlaient de brûlure, mais la douleur rendait la danse encore plus tribale, et l'effort encore plus poétique. Une fois pris dans le courant, impossible de ne pas s'y fondre totalement.

une fois l'instant divin consommé, il ne me resta plus qu'à me consoler d'un regard en arrière, vers ce qui venait de se dérouler... telle une frise de magie, les traces de mes skis laissaient une empreinte d'éternité sur la blancheur écarlate du versant de la montagne. Un peu à titre posthume, ces courbes savoureuses dessinaient une onde parfaite, comme pour mieux signifier anonymement au monde entier qu'à un certain instant, je fus là.

(dédié à mon frère Eric, et à Benj, magiciens de la poudre, et riders chevronnés, fidèles partisans de notre devise sacrée "le saut est primaire, l'atérissage secondaire")

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